Quantology Capital Management

L’APPROCHE ESG CHEZ QUANTOLOGY CAPITAL MANAGEMENT

Issue de différents modèles d’analyse empirique proposés par la psychologie, la sociologie ou encore l’anthropologie, la finance comportementale est un paradigme scientifique qui se propose de faire avancer les savoirs concernant la valorisation des actifs financiers

Wealth Monaco a interviewé Anthony Durupt, analyste quantitatif de Quantology Capital Management sur leur manière dont ette société de gestion de portefeuille indépendante intègre les critères ESG à la finance comportementale.

Qu’est-ce que QUANTOLOGY CAPITAL MANAGEMENT ?

Depuis 2016, Quantology Capital Management est le spécialiste français de la finance comportementale. Nous nous sommes intéressés à l’exploitation des biais comportementaux dans le but de créer des produits d’investissement au fonctionnement simple et robuste. Nous avons très tôt cherché à décrypter le mouvement ESG afin d’en comprendre le fonctionnement et les répercussions sur les marchés actions.

Que pensez-vous de l’émergence de l’ESG ?

L’émergence de la gestion d’actifs sous le prisme des critères ESG est récente et remonte à moins d’une dizaine d’années. Des fournisseurs de solutions se sont développés afin d’accompagner les investisseurs dans leurs prises de décisions au travers d’une note propre à chaque valeur. Mais les méthodologies diffèrent, et le choix d’un des acteurs par rapport à un autre est une décision éminemment stratégique : il y a de multiples échelles ESG, et d’innombrables manières d’adresser la problématique ESG : low-carbon, « green », approche sociale…

Ainsi, le sujet n’est pas du tout homogène, et les filtres utilisés diffèrent significativement d’une société de gestion à une autre.

Néanmoins, un début d’harmonisation avec une approche par le risque (vs approche « best-in-class ») s’est imposé, entraînant l’émergence d’un leader ; harmonisation propice à l’étude du momentum des notations.

Aujourd’hui, la note ESG intègre deux dimensions temporelles, une contribution long-terme issue des rapports annuels, et un élément court-terme plus réactif, la « controverse ».

Même si certains gros acteurs disposent en interne d’équipes d’analystes dédiées à l’ESG, les investisseurs se concentrent sur les mêmes valeurs parce que la méthodologie de notation et les études ESG tendent vers les mêmes résultats.

Ces décisions d’investissement conduisent à une appréciation des cours de bourse des sociétés bien notées par rapport à des sociétés équivalentes mais moins bien notées, et donc à un effet momentum qui peut être transformé en performance.

Mais les agences de notation pâtissent d’un manque de réactivité dans la mise à jour de leurs notes. En effet, lorsqu’une société annonce une nouvelle directement liée à une problématique ESG, de nombreux comités et réunions doivent se tenir afin de déterminer l’impact de cette information. Lorsque la note est finalement ajustée, une semaine au moins s’est écoulée, et il est déjà bien trop tard pour prendre position sur le titre car le marché a déjà corrigé à la hausse ou à la baisse le cours de bourse.

C’est cette fameuse dimension controverse qui apporte la dynamique à la note.

L’ESG est-il une source d’Alpha ou de Béta selon Quantotlogy CM ?

Nos efforts de recherche consistent à créer une stratégie d’une part respectueuse de la philosophie et des fondamentaux ESG et d’autre part profitant du momentum présent sur les valeurs notées.

Nous avons pu déterminer que la performance attribuée à l’ESG était non pas directement liée à la surperformance des « bonnes » valeurs en portefeuille mais au contraire à l’absence des valeurs sous-performantes.

Ainsi, la mise en œuvre des critères ESG ne permet pas de créer directement de la valeur mais plutôt d’éviter les pires contreperformances.

Nous avons également déterminé que la Gouvernance a un impact plus important que l’Environnement et le Social dans la performance boursière d’un titre. Les affaires Volkswagen, Renault ou plus récemment Wirecard trouvent leurs origines dans un problème de gouvernance. Ce pilier est donc central dans la protection de la performance car il permet d’exclure a priori les valeurs les plus à risque de scandale, corruption etc…

Chez Wirecard, nous avons été en particulier alertés par le décalage de date de publication annoncé par l’entreprise à la fin du mois d’avril. Le suivi des dates de publications est un outil propriétaire développé par Quantology CM, qui nous permet de protéger les portefeuilles lors des périodes  de publications de résultats, outil qui entre dans notre approche de la dimension controverse.

Chez Quantology CM, nous couplons analyse de l’évolution des notes et analyse de l’évolution des flux relatifs à un titre donné : une amélioration significative de la note ESG d’une action la rend éligible aux portefeuilles labellisés ESG. Cela créé un flux acheteur et une prime de valorisation se constitue sur le prix par rapport à ses pairs (raisonnement inverse ans le cas d’une dégradation de la note).

Comment se traduit cette approche dans la pratique ?

Tout d’abord, nous nous portons acquéreurs des sociétés dont la dynamique ESG est la plus positive – ce dans une approche par le risque.

Puis vient la controverse : pour nous le meilleur indicateur de la controverse est la variation de prix. Une controverse – étant presque toujours négative – se matérialise par une baisse importante et soudaine du prix du titre. C’est ce filtre – de prix – que nous utilisons pour  prendre très rapidement position et avoir une longueur d’avance sur la dégradation à venir de la note par les analystes ESG.

Nous tirons donc profit de la lenteur de la réaction de ces derniers.

En conclusion

Chez Quantology CM, nous cherchons à décrypter les mécanismes de décision propres aux investisseurs ESG, qui en plus d’être victimes des biais psychologiques traditionnels, sont aussi soumis aux contraintes réglementaires de leurs clients institutionnels, créatrices de poches d’inefficiences.

L’ESG n’en étant encore qu’à ses balbutiements, il faut s’interroger sur l’impact sur certains secteurs d’activités qui sont vilipendés ou exclus (pétrole, automobile, aérien…), soit surinvestis (environnement…).

Dans quelle mesure cela peut amener à des déséquilibres insoutenables de valorisation, ou de l’habituelle répartition value/growth ?

L’ESG ne deviendrait-elle pas dans ce cas une nouvelle prophétie autoréalisatrice ?

Interview de Anthony Durupt – Quantology Capital Management

Auteur de l’article : Wealth Monaco