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Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur l’ESG sans jamais oser le demander

Dans sa nouvelle campagne intitulée “A Green Shift”, la Fondation du Prince Albert II a lancé une série de vidéos de personnalités qui témoignent de leur attachement à la préservation de l’environnementale.

L’un d’eux, Nico Rosberg, le célèbre champion du monde de F1, aujourd’hui entrepreneur dans la Green Tech et invité de la FPA2 – aborde le thème des émissions de gaz à effet de serre (GES). Si l’on ne peut qu’applaudir cette initiative, une question me taraudait cependant :

Comment lire entre les lignes et différencier une entreprise à faible émission de GES d’un pollueur avéré ?

C’est un fait, la durabilité inonde nos journaux. Gouvernance. Changement Climatique. Énergies renouvelables, font les gros titres.

Il y a quelques mois à peine, il était encore possible de fumer sa cigarette à la terrasse d’un café en lisant son journal qui vantait sans ambiguïté, l’aubaine de l’industrie extractive pour les investisseurs. À peine terminée, cette cigarette finissait projetée d’un coup sec de l’index sur le trottoir, comme Belmondo et Delon avaient coutume de le faire avec panache, défi ou rage.

Sur cette terrasse, la vie était différente. Nous pouvions respirer sans la culpabilité et la crainte que notre CO2 détruise la planète. Mais depuis le monde s’est transformé et les mauvaises nouvelles affluent de tous les côtés:

-Il n’est pas conseillé de fumer, car le Corona attaque les poumons faibles!

– “Maman, Papa, c’est ringard de fumer. Maintenant on vapote. En plus les mégots de cigarette sont hyper polluants pour la planète »

Personne ne nous avait prévenu que devenu gestionnaire de fortune de HNWI, on finirait par lire un journal financier qui ressemble à GEO magazine, en vapotant un arome pomme verte.

« Votre café, Monsieur, je vous le serre comment ? Décaféiné ? Au lait végétal ? »

Tout ca ressemble à un vrai cauchemar. Notre vie d’avance est définitivement relayée à de l’histoire ancienne. Nous faisons désormais face à une prise de conscience mondiale et la réticence au changement est toujours urticant.

Terrible constat : la liste s’allonge tous les jours et soudain tout semble devenu néfaste pour la planète. Des gens s’affairent partout dans le monde. Ils rédigent, notent, élaborent des méthodologies, des TO DO listes et des listes À NE SURTOUT PAS FAIRE, des rapports en tout genre dont des « extra financiers » qui enquêtent sur la durabilité des entreprises.

Les leaders s’y mettent aussi, les philanthropes, journalistes, et même les groupes d’investissement se joignent à eux. BlackRock devient le gourou européen de la durabilité ! On sourit. On s’inquiète ? C’est l’effroi ! À quand notre tour ?

Les indexes destinés à affiner l’évaluation des critères durables des entreprises se multiplient eux aussi; chacun abordant le problème sous un angle différent pour permettre aux investisseurs de construire et de suivre leurs portefeuilles d’investissements par critères.

Les plus célèbres d’entre eux, sont RobecoSAM, MSCI, S&P, Moody’s et Sustainalytics qui vient d’être acquis par Morningstar pour une estimation de la valeur de l’entreprise de 170 millions d’euros. Il se passe décidément des choses dans le monde du « sustainable »

On est confiant. Avec tous ces leaders mondiaux de la recherche et de l’analyse environnementale, sociale et de gouvernance (ESG) dans l’Investissement, on se sent bien encadré et près pour affronter l’impensable.

Il n’est pas encore temps de crier Victoire ! Dans son dernier article, Eli Koen, gestionnaire de portefeuille en actions émergentes à l’UBP, développe l’idée que « les investisseurs qui se concentrent uniquement sur les émissions de carbone à faible émission pourraient finir par investir dans des entreprises polluantes, tout en excluant certains des fournisseurs les plus importants capables d’apporter des solutions à l’urgence climatique ».

Il exprime un biais courant dans le domaine de l’analyse ESG, qui est celui de focaliser son intérêt sur une thématique précise en faisant abstraction de la globalité de l’entreprise, à savoir sa contextualisation de son secteur d’activité.

Effectuer une analyse trop étroite des données pourrait engendrer un résultat contre-intuitif. La durabilité, appelle donc les investisseurs à adopter une approche que l’on qualifie de « holistique ».

– Quoi? 5 ans de Mastère Finance pour finalement tomber dans les sciences humaines?

Retour à aux GES, les investisseurs doivent s’assurent de l’adéquation entre les données et les méthodologies utilisées pour mesurer les émissions de carbone d’une entreprise.

La méthodologie appliquée peut être extrêmement trompeuse, et une entreprise leader reconnue comme positivement impactante pour l’environnement peut émettre de grandes quantités de carbone, tandis qu’une autre signalée comme endommageant l’environnement, peut avoir une faible émission de carbone.

« D’un point de vue de l’émission carbone, la seule raison de les fabriquer est de considérer l’énorme quantité d’émissions qu’ils éviteront de produire au cours de leur usage. Si l’on ne tient pas compte de l’évitement de ces émissions, ces entreprises seront perçues comme des émetteurs à forte échelle.» 

Eli Koen met en évidence une logique trompeuse en corrélant un fabricant mondial de verre solaire de premier plan, à un acteur de l’extraction industrielle, comme Shell, au travers des données de MSCI.

Xinyi Solar Holdings, une société chinoise qui est parmi les principaux fabricants mondiaux de verre solaire. Elle possède et exploite également des fermes solaires. Selon MSCI, son intensité d’émissions de carbone est de 1 627 tonnes de CO2 par million usd de ventes. Le chiffre de Royal Dutch Shell est de 218. Donc, pour les investisseurs qui tentent de réduire l’empreinte carbone de leurs portefeuilles sur la seule base de ces données, il est tout à fait logique d’acheter Shell et de vendre Xinyi Solar.

Il n’est donc pas étonnant que le FNB à faible émission de carbone d’un grand fournisseur soit rempli de noms comme Coca Cola, Philip Morris, Caterpillar, Valero Energy, Vale, Rio Tinto, Halliburton et Raytheon. En fait, la plus grande entreprise d’énergie propre dans le portefeuille est Vestas, avec une petite pondération de 0,05% (probablement parce qu’une grande partie de la fabrication de Vestas est sous-traitée, ce qui signifie que ses propres émissions sont faibles). Si un investisseur choisit un fonds à faible émission de carbone dans le but d’aider l’environnement, il est peu probable que ce portefeuille soit adapté à son but. »

Le constat peut sembler sévère mais il est cependant pertinent. Si les investisseurs et les parties prenantes doivent faire pression auprès de l’industrie pour les amener à adopter des pratiques plus propres qui pèseront moins sur l’environnement et le climat, ils doivent aussi apprendre à contextualiser les données d’analyse ESG en intégrant ce que l’on appelle la contextualisation sectorielle en ESG.

Source: Joana Foglia

Auteur de l’article : Wealth Monaco

1 commentaire sur “Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur l’ESG sans jamais oser le demander

    PLEION Monaco SAM - Wealth Monaco

    (mai 7, 2020 - 1:04 )

    […] Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur l’ESG sans jamais oser le demander Catégories : Bank & Finances / par Wealth Monaco mai 7, 2020 […]

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