femme marchant au désert

Eau : l’or bleu

L’eau est certainement l’une des marchandises les plus précieuses au monde. Wealth Monaco est heureux de publier le 2ème article de Pier Alberto Furno – PDG de Nemesis SAM Monaco, société indépendante de gestion d’actifs, qui partage avec nous une vision inspirante de la détresse de l’épuisement des ressources d’eau.


Au cours des dernières années, j’ai beaucoup écrit et discuté en profondeur des implications sociales, géopolitiques et d’investissement du plus grand défi auquel notre planète est confrontée : la pénurie croissante d’eau.

En avril 2010, le numéro de National Geographic était consacré à ce même sujet : «Water: Our Thirsty World», est une introduction essentielle sur l’état de l’eau douce dand le monde et les implications mondiales d’approvisionnement de cette ressource menacée. J’aimerais présenter ici quelques-uns des essais.

Un essai puissant et magnifiquement écrit de Barbara Kingsolver met l’accent sur l’impératif de briser notre vieille habitude de prendre Mère Eau pour acquise. Comme le rappelle Kingsolver :

« L’eau, c’est la vie. C’est le bouillon saumâtre de nos origines, le système circulatoire battant du monde. Il représente les deux tiers de notre corps tout comme la carte du monde; nos fluides vitaux sont salins, comme l’océan.

Nous avons misé nos civilisations sur la présomption que nous aurons assez d’eau, mais pas trop. Mais la planète est en train de changer, et les vieilles présomptions se dénouent.

Nous sommes les témoins des fermes asséchées du bassin australien de Murray-Darling ou de la fonte des glaciers Himalayens qui met en péril la vie de milliards de personnes. Pour l’avenir, aurons-nous assez d’eau pour cultiver nos cultures, alimenter nos besoins énergétiques et satisfaire notre soif? Nous ne pouvons plus éviter ces questions.

Comme l’écrit Kingsolver :

« Depuis mon enfance, j’ai entendu dire qu’il était possible de regarder du fond d’un puits et voir les étoiles, même en plein jour. Aristote a écrit à ce sujet, tout comme Charles Dickens. De nombreuses nuits pourtant sombres, la vision de ce de ciel étoilé m’a réconforté. Voici le seul problème: Ce n’est pas vrai. La civilisation occidentale n’était pas très pressée d’abandonner ce folklore ; les astronomes y ont cru pendant des siècles, mais quelques-uns d’entre eux ont finalement pensé à essayer et leurs illusions ont été anéanties par une simple observation.

La civilisation a été tout aussi lente à abandonner notre mythe de la générosité infinie de la Terre. Refusant de chercher des preuves du contraire, nous savions juste qu’elle était là. Nous avons pompé des aquifères et détourné des rivières, faisant confiance aux étoiles, d’une l’expansion humaine illimitée et d’un approvisionnement sans fin. Aujourd’hui, les nappes phréatiques chutent dans les pays qui abritent la moitié de la population mondiale.

Il est de plus en plus évident que l’eau peut devenir un produit de base aussi important et précieux que le pétrole dans l’économie mondiale, sinon plus.

Examinons quelques faits;

  • Seulement 2,5% de l’eau de la Terre est douce et la plupart se trouve dans la glace et les neiges polaires
  • De l’eau douce disponible, seulement 0,6% de celle-ci est utilisable et l’agriculture en utilise 70%
  • La planète n’a pas plus d’eau douce qu’il y a 1000 ans
  • La population mondiale devrait doubler au cours des 40 prochaines années
  • 80 pays signalent déjà des pénuries d’eau
  • La moitié nord de la Chine, où vivent 500 millions de personnes, souffre déjà de pénuries d’eau
  • La pire période de sècheresse depuis des décennies a tari près d’un quart des réserves de la province d’Anhui en Chine orientale en 2019.
  • La salinisation épuise déjà les rendements des cultures en Inde, au Pakistan, en Égypte, au Mexique, en Australie et dans certaines parties des États-Unis. Cela est causé par l’évaporation de l’eau d’irrigation, qui laisse des minéraux dans le sol
  • L’eau potable en Europe continentale contient un niveau dangereux de concentration de la pollution par les nitrates
  • 80% de toutes les maladies sont associées à une mauvaise qualité de l’eau
  • D’ici 2025, la moitié de la population mondiale vivra dans des zones où l’eau manquera
  • Un être humain quelque part dans le monde meurt toutes les 10 secondes à cause de la consommation d’eau contaminée
  • 844 millions de personnes n’ont pas accès à l’eau potable. C’est plus que les populations combinées des États-Unis, du Brésil, du Japon, de l’Allemagne, de la France et de l’Italie.

En regardant la rareté de l’eau dans le monde, nous devons d’abord être conscients de ses causes, nous regarder dans le miroir et reconnaitre nos propres responsabilités.

La pollution de l’eau a des conséquences environnementales qui rendent l’eau impropre à la consommation ou à l’utilisation, et réduit les ressources d’eau disponibles. La pollution devient l’une des principales menaces à la disponibilité et à la réutilisation de l’eau.

La surutilisation et l’utilisation abusive des ressources en eau sont un autre problème important qui entraîne la pénurie d’eau. Une gestion inadéquate des ressources en eau, que ce soit pour l’utilisation agricole, industrielle ou domestique, gaspille énormément d’eau.

Le changement climatique dû à nos actions irresponsables fait fondre les glaciers et les banquises dans certaines régions ce qui affecte l’approvisionnement en eau douce. Le réchauffement climatique entraîne de plus en plus de sècheresses, d’inondations et de vagues de chaleur qui aggravent la crise de l’eau.

Les conséquences de la crise de l’eau qui se déroule auront un impact sur la production agricole, les prix des produits de base, la production d’énergie car l’accès à l’eau est devenu un puissant problème économique mondial. À mesure que la pénurie d’eau deviendra un problème agravant, et plus les troubles sociaux s’étendront à de nombreux pays; la pression s’accroîtra sur les frontières des pays riches en eau, ce qui entraînera une migration démographique.

Nous pouvons prévoir que les guerres des prochains siècles ne seront pas sur le contrôle du pétrole, mais de l’eau.

La production alimentaire représente 70% de la consommation mondiale d’eau et la production alimentaire doit augmenter de 60% au cours des 20 prochaines années pour répondre à la demande de la population mondiale croissante qui n’est tout simplement pas durable.

Il y a quelques années, le monde s’inquiétait de manquer de pétrole, puis il y a seulement un mois, on était payé pour l’enlever car il n’y avait plus de capacité de stockage.

N’oublions pas que le pétrole pourrait aider à alimenter les économies mondiales, mais l’eau est la vie.

Quand il s’agit de la vie, de notre planète et de notre travail, le concept de durabilité m’a toujours fasciné, étant étroitement lié au concept de point de basculement.

Qui ?Que? Quoi? Où? et Comment atteignons nous le point de basculement qui transforme la durabilité en insoutenabilité? La vérité est que personne ne le sait vraiment, mais beaucoup de gens se comportent comme s’ils le savaient et le «comportement de masse» peut étirer la période d’insoutenabilité jusqu’à l’extrême, avant que l’inévitable ne se produise et que la bulle éclate.

Depuis la fin de la crise financière en mars 2009, nous avons assisté à l’un des marchés haussiers des actions les plus longs et les plus rentables, alimenté par le patient auquel on a administré le médicament QE à différents moments et à des doses différentes, mais malgré la façade, le patient au lieu d’être guéri est devenu accro puis lentement immunisé et le dernier dosage de QE après l’apparition «discutée» du Covid 19 pourrait être le point de basculement qui conduira à une surdose entraînant l’éclatement de la bulle de la richesse américaine et plus spécifiquement des actions technologiques américaines.

L’être humain a tardé à abandonner le mythe de la générosité infinie de la Terre, en prenant la plupart des ressources pour acquises et en agissant de manière irresponsable et irrespectueuse envers notre planète. Le retrait de notre responsabilité nous a conduits à la crise financière de 2008, ne commettons pas la même erreur envers la commodité la plus précieuse du monde en ignorant ce cela pourrait être un investissement diversifié, durable et fondamentalement solide.

Article : Pier Alberto Furno

Auteur de l’article : Wealth Monaco